Vassily Ivanchuk
Une vie pour les échecs, une passion sans limites
A l’été 1989, un jeune grand maître débarque à Bienne avec une réputation flatteuse. Il n’a que 20 ans, défend les couleurs de l’URSS et vient de se hisser au 3e rang d’une hiérarchie mondiale où seuls Garry Kasparov et Anatoly Karpov le précèdent. Pour sa première apparition au Festival, Vassily Ivanchuk connaît un début de tournoi sans relief. Puis se ressaisit, aligne cinq victoires et deux nuls lors des 7 dernières rondes (sur 14) et rafle la médaille d’or devant le grand favori, Lev Polugajevski. Son premier séjour dans le Seeland fut couronné de succès. Le second, en 1993, un peu moins, puisqu’il ne décrocha que le 14e rang (sur 73 joueurs) lors de l’interzonal du championnat du monde, qui ne qualifie que les dix premiers.Seize ans après sa dernière visite, vingt après son premier succès à Bienne, le joueur établi à Lvov (Ukraine occidentale, à 70 km de la frontière avec la Pologne) revient enfin au Festival international de Bienne. Fort d’une riche carrière, d’un sacré palmarès, de nombreuses victoires en tournois, d’un titre de champion d’Europe (2004) et même d’un titre de vice-champion du monde FIDE en 2002 (où il s’incline en finale face à son compatriote Ruslan Ponomariov). Comme Viktor Kortchnoï par le passé, «Chuky» (son surnom parmi les autres grands maîtres) est considéré comme l’un des plus grands joueurs à n’avoir jamais été sacré champion du monde.
La liste de ses autres hauts faits se veut impressionnante. Par exemple: triple vainqueur du tournoi de Linares (1989 et 1995 devant Karpov, 1991 devant Kasparov), victorieux à Wijk aan Zee (1996), à Mexico, La Havane, Foros et Montréal (2007) à Sofia et au Mémorial Tal de Moscou (2008, devant Morozevich et Gelfand, deux de ses rivaux à Bienne!). Ajoutez-y encore trois médailles d’or aux Olympiades avec l’Ukraine (la dernière en 2004) et un titre de champion du monde de blitz (2007). Le mois dernier, il enlevait son dernier tournoi en date à Bazna (Roumanie), devant Gelfand, Radjabov, Shirov et Kamsky!
Difficile d’imaginer une longue période sans échecs pour Vassily Ivanchuk, l’un des grands maîtres qui dispute le plus de tournois aux quatre coins de la planète, sans jamais s’arrêter ou se reposer, jonglant avec les compétitions classiques, en parties rapides ou les championnats par équipes. Ce qui peut expliquer ses classements en dents de scie à la FIDE. En octobre 2007, il comptabilisait 2787 points Elo, faisant de lui le No 2 mondial, son meilleur classement absolu. En janvier 2009, il était encore le No 3 (2779 points Elo). Avant d’amorcer une dégringolade, perdant 76 points Elo en six mois pour tomber au 30e rang en juillet 2009.
Il serait erroné d’accorder trop d’importance aux chiffres avec un artiste de la classe de Vassily Ivanchuk, capable de jouer presque toutes les ouvertures possibles. D’abord parce que son classement virtuel (en tenant compte des derniers résultats) le situe en réalité au 16e rang (2724 points Elo). Ensuite parce qu’il a brillé en février dernier en partageant le premier rang avec Alexander Grischuk à Linares. Enfin, parce qu’il reste un authentique phénomène, difficilement contrôlable lorsqu’il est en confiance. L’homme n’est pas du genre à accepter les demi-mesures. Il est indiscutablement l’un des candidats au titre à Bienne. (olb)


